Archives de catégorie : Économie, Emploi et Insertion

La puissance du service public, des principes de la Sécu à la régie de l’eau…

Intervention préalable -

M. le Conseiller P-A. Millet : Monsieur le Président, chers collègues, difficile pour ce dernier conseil de ne pas penser à notre bilan, même si c’est loin d’être une préoccupation des habitants -confrontés aux crises qui bousculent leurs conditions de vie.

Bien sûr, les critiques ne manquent pas. D’ailleurs, les communistes ont critiqué certaines actions, mais comment ne pas voir ce que ce mandat a apporté ? Il fallait changer de braquet pour le vélo, c’est fait ! Il fallait accélérer l’adaptation au changement climatique, c’est largement fait ! Il fallait garantir le droit à l’eau et la transparence de la gestion publique, et c’est une très grande réussite -assurant la continuité d’un service public essentiel du quotidien avec de premières transformations significatives, sur la tarification, sur la relation usagers, sur la gestion et la défense de la qualité de l’eau, l’enjeu des ressources, des polluants, … Comment aurions-nous fait face aux PFAS avec un groupe privé gérant l’eau ? Mais qui se souvient de Veolia ? Quand je repense aux longues heures de débat pour savoir si on était prêts techniquement ou pas, il y a 10 ans, et les arguties qui cachaient mal de simples méfiances politiques, je me permets d’insister… Quelle démonstration de la puissance du service public, bien loin des discours dominants sur la performance irremplaçable de la concurrence !

Certes, il y a des volontés politiques locales qui se heurtent à des murs qu’on ne peut franchir localement. C’est le cas du logement où, malheureusement, le mal-logement s’est aggravé, dans un contexte de crise immobilière qui doit tout à une politique nationale du logement irresponsable. Nous l’avons, dans la mesure du possible, amortie partiellement. Mais, malgré 1 000 ouvertures de places d’hébergement par an depuis 2020 -dont celles de la Métropole, au-delà de ses compétences-, il y a toujours plus de personnes à la rue !

Il est aussi des urgences sociales qui ne peuvent être réparées localement dans une crise économique et sociale profonde que confirment les dernières annonces comme la liquidation du groupe Brandt, que nous connaissions bien à Lyon. Il est terrible de constater que quand nous faisons plus, beaucoup plus, pour la solidarité, malgré tout il y a plus d’urgences, d’injustices, d’inégalités. Bien sûr, ce serait pire, une catastrophe, sans nos politiques sociales, mais il faut avoir l’honnêteté de le dire. Nous ne pouvons réparer localement une société défaillante.

Alors on peut parler de bilan, mais ce qui domine les préoccupations des habitants, c’est le sentiment que rien ne tient, que toute l’économie est en péril, que les élites économiques et politiques sont dépassées. Et ce sont les risques de guerre, le sentiment qu’il n’y a plus de limites, que tout est possible… La marine US devenue pirate attaquant des bateaux étrangers en eaux internationales… Trump jetant son dévolu sur les immenses ressources énergétiques du Venezuela après avoir tenté d’annexer le Groenland…

Le jury du Nobel transformé en annexe de la CIA exigeant qu’un gouvernement démissionne pour le remplacer par l’héroïne de son choix, cette héritière d’une vieille famille esclavagiste et dirigeante d’extrême droite financée par les millions de l’USAID, cette Machado que certains appellent par euphémisme « Margaret Thatcher »…

Et que dire de notre théâtre parlementaire qui se poursuit et dont la plupart des citoyens n’attendent plus rien. Que Macron soit contraint à une nouvelle dissolution ou invente un nouvel épisode, de toute façon, ça ne ralentira pas les restructurations industrielles qui continuent, les pertes d’emplois dans les associations qui dénoncent des baisses de subventions, ni la profonde crise de l’hôpital, du logement, de l’aide à l’enfance, …

La France est malade d’une oligarchie qui ne fait que prélever sans rien créer et il n’y a pas de baguette magique pour la réparer, et surtout pas de baguette magique parlementaire ! Il faudrait un énorme effort populaire pour reconstruire les services publics sur une base non marchande, faire reculer les inégalités, assurer les droits de tous pour pouvoir faire reculer les trafics et les incivilités… Ce n’est pas utopique, et la réussite de la régie publique de l’eau montre que l’effort public peut beaucoup ! Mais il faut sortir de ce qui divise notre peuple, le monde du travail, les milieux populaires, ce qui empêche de reconstruire une confiance populaire majoritaire dans un projet politique progressiste. Oui, il faut sortir du gauchisme qui, malheureusement, a plus de place dans les médias que les luttes des travailleurs. C’est la contradiction de ceux qui croient combattre l’extrême droite en manifestant contre un meeting du Rassemblement national, contribuant au buzz médiatique qui le conforte, sans comprendre que la bataille contre ses idées ne se joue pas dans l’espace médiatique des slogans et des valeurs, mais dans la dure réalité des relations au travail ou dans le quartier, pour démontrer la force des solidarités face aux violences de la concurrence généralisée.

Mais le mauvais théâtre politicien continue, comme avec ce budget de la Sécurité sociale où certains ont cru faire la révolution ; d’autres, la réforme… sans voir à quel point ils construisaient une fausse querelle qui masquait le plus important… Car, bien sûr, le vote de l’Assemblée ne résout rien de la crise d’un système de santé, qui était mondialement reconnu alors qu’il avait été construit dans un pays détruit par la guerre. Mais ceux qui votaient « contre » oubliaient de rappeler que, jusqu’à la réforme Juppé, le budget de la Sécu n’était jamais voté à l’Assemblée car c’était l’argent des salariés, que les caisses d’assurance maladie n’étaient pas l’État mais un commun à tous les ayant-droits, tous les salariés ! La Sécu reposait sur une cotisation prélevée directement sur la valeur ajoutée, donc sans que le capital ne puisse y mettre son nez, permettant d’assurer le principe « à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses revenus… » et gérée par les salariés, donc sans que l’État ne puisse y mettre son nez ! Rocard a engagé le remplacement des cotisations par la CSG, accélérant l’étatisation de ce qui n’appartient plus vraiment aux salariés. Il y a 40 ans, les cotisations représentaient 80 % des recettes ; en 2026, moins de la moitié ! La part employeur, 50 % et, aujourd’hui, seulement 20 %… Les réformes successives de gauche ou de droite, qui disaient toutes vouloir « sauver le modèle social », n’ont cessé de le faire reculer et l’étatisation Juppé-Rocard a été le moyen de la privatisation de la santé. On sait que le groupe AXA est sur les rangs pour capter les milliards…

Oui, il n’y a rien à attendre de ce théâtre, qui ne sert qu’à masquer la violence des inégalités par les péripéties des plans de carrières électorales.

Pendant ce temps, les Français voient le basculement du monde qui accélère et la France qui recule, se paupérise, se fracture, comme tout le monde occidental.

Un rapport récent de l’ONU nous apprend qu’il y a plusieurs millions de personnes qui vivent avec moins de 3$ par jour aux USA et… aucune en Chine, qui a éliminé l’extrême pauvreté quand elle a triplé aux États-Unis, selon les mêmes indicateurs. Le taux de pauvreté des plus de 66 ans aux États-Unis est de 23,2 %, presque une personne sur 4 ! Mais qui parle de cet enjeu social décisif dans les discussions sur la retraite ?

Et des patrons disent : « Désormais, il faut aller chercher les compétences en Chine ! » Le patron d’ACC, la gigafactory de batteries créée dans le nord, doit faire venir des ingénieurs et techniciens de Chine pour tenter de maîtriser son process industriel. Quel aveu d’échec de décennies de politiques de la destruction créatrice, du recentrage sur le cœur de métier, mais aussi d’un apprentissage qui ne s’appuie pas sur un système de formation public renforcé ! Quel mensonge de tous ceux qui inventent, à chaque mandat, un plan pour l’industrie en cachant ce qui impose des objectifs de rentabilité de court terme irréalistes. Quelle duplicité des discours sur une transition énergétique par le marché, quand la dernière usine de fabrication de panneaux photovoltaïques a fermé depuis un certain temps !

Ajoutons que la dernière version de l’IA chinoise Deepseek bat tous les records de performance. Des imbéciles tentent de l’interdire en Occident, au nom des risques de sécurité, alors même que cette IA, contrairement aux outils US, est en open source, donc qu’on sait exactement ce qu’elle fait… Visiblement, personne ne tire les leçons de l’expérience Nexperia aux Pays-Bas, ni du constat que le plus grand réseau numérique quantique du monde, 10 km, est chinois…

Une des conséquences est que la France est le pays de l’UE où le taux d’emploi et le taux de pauvreté augmentent ensemble… Ça ne semble contradictoire qu’à ceux qui ne connaissent pas les travailleurs pauvres, qui sont souvent des travailleuses, ubérisés, précarisés, partiellisés, dont de nombreux autoentrepreneurs pauvres…

C’est le modèle d’une société en voie de sous-développement que porte les élites économiques et politiques de la France, enfermées dans leurs privilèges. Elles sont désormais incapables de penser le développement d’un pays moderne, de choisir la productivité contre les bas salaires, la baisse du temps de travail et une augmentation massive des temps de formation contre l’ubérisation, la coopération gagnant-gagnant avec le Sud contre la concurrence libre et totalement faussée de l’École de Chicago et de l’Union Européenne.

« Bien creusé, vieille taupe » disait Marx, affirmant que le communisme est une idée neuve en Europe. Son chemin a été long et tortueux, mais la transformation du monde est irréversible. Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/3u4UfqWT_aw?t=1779

Les responsables de la crise de la France ne sont pas étrangers…

Intervention préalable -

M. le Conseiller P-A. Millet : Monsieur le Président, l’assassinat récent de Mehdi Kessaci à Marseille est une illustration tragique des tensions qui fracturent notre société. Sans doute, les narco-tueurs l’ont ciblé parce que son frère Amine était engagé dans la lutte citoyenne contre le narcotrafic. Les médias ont évoqué l’association Conscience qu’il a créée, mais peu ont mentionné l’Appel de Marseille auquel il a contribué, soutenu par des personnalités comme Robin Renucci et porté, notamment, par les communistes des quartiers nord. Je vous invite à le découvrir et à rejoindre cette mobilisation citoyenne contre les trafics et les violences qui gangrènent nos territoires.

Marseille éclaire une situation que nous connaissons bien, partout, dans l’agglomération. Ce sont les habitants des quartiers populaires qui en sont les premières victimes, comme il y a peu à Rillieux-la-Pape. On ne peut que partager la colère devant un incendie criminel qui met plusieurs familles à la rue, après ceux de Vénissieux au printemps 2024 ou de Villeurbanne et de Saint-Fons en 2023. Ce sont les maires qui sont en première ligne pour organiser le relogement, et le sujet pourrait faire l’objet d’un consensus républicain.

Mais le débat politique transforme ces drames en polémiques où il faudrait se définir par rapport à des étiquettes, quand les habitants concernés ne voient que le drame et l’urgence. Cette vie politique enfermée dans des calculs électoraux est en crise, rejetée par une grande majorité -terreau d’une dérive à l’extrême droite, qui ne repose pourtant elle-même que sur des polémiques.

Le vœu proposé en retard par le groupe LR en est une illustration, dénonçant les baisses de crédits gouvernementaux 2026 pour les missions locales et l’accompagnement des jeunes. La droite qui dénonce des baisses de dépenses publiques, quelle ironie terrible ! Les mêmes, majoritaires à la Région, ont voté une baisse de 10 % des subventions aux missions locales pour 2025 ! Vos députés voteront contre le budget parce qu’il ne réduit pas assez les dépenses ! Vos dirigeants ne cessent de dénoncer les dépenses publiques ! Vos candidats aux présidentielles en rajoutent dans la course aux promesses des baisses de dépenses publiques !

Quand la politique devient à ce point un théâtre où on peut dire « blanc » ici ou hier et dire « noir » là-bas ou demain, où on peut prendre la défense d’un service public ici tout en l’attaquant ailleurs, alors, la politique est stérile, le modèle démocratique occidental électoral a fait son temps.

D’ailleurs, dans le débat budgétaire, personne ou presque ne dénonce les fortes hausses de dépenses militaires. Pourquoi ne pas étendre la fiscalité sur le patrimoine improductif aux investissements militaires ? Non, nous diront les droites réunies et, malheureusement, beaucoup à gauche, les investissements militaires sont productifs ! Eh oui, car on fabrique des armes pour s’en servir ! Et ce n’est plus de l’ironie, c’est de la colère de penser que certains pourraient voter un budget avec un record de dépenses militaires, 6 milliards de plus, dans la perspective des 5 % du PIB demandé par Trump, que planifient tous ses toutous européens.

Combien de morts représentent le stock d’armes existants, et combien les prévisions de production à venir ? La deuxième guerre mondiale ne sera rien par rapport à ce que les dirigeants occidentaux planifient ! La deuxième guerre mondiale ne sera rien par rapport à ce que les dirigeants occidentaux planifient !

Sans compter la dérive nucléaire ! Obama avait commencé à remettre en cause les traités internationaux limitant les armes nucléaires, Biden a poursuivi et Trump franchit la ligne rouge, demandant de nouveaux essais alors que les armes existantes permettent déjà de détruire plusieurs fois l’humanité toute entière !

Mais ce n’est pas nous qui avons commencé, disent les leaders occidentaux, ce sont les méchants d’ailleurs -les autocrates, les illibéraux, les Chinois- et vous aurez remarqué que, souvent, ils ne sont pas de notre monde occidental et, pire encore, ils sont parfois communistes…

Il est stupéfiant de voir se développer un véritable racisme occidental dans nos médias, jusqu’à beaucoup de gens sincères. J’ai entendu un dirigeant de gauche dire que la Chine, après avoir tué la production textile en France, allait tuer la distribution avec le développement de Shein. Ce n’est pas le scandale de ces plateformes commerciales qui autorisent la pédocriminalité, la vente d’armes ou de drogues, malheureusement nombreuses, qui explique la crise du textile.

Au début de ma vie professionnelle, j’ai travaillé pour des entreprises du textile et de l’ameublement. Les 3/4 ont disparu. Aucune n’a été fermée par la Chine mais par leurs actionnaires, souvent familiaux. Les raisons sont complexes, mais on peut produire en France… Le Slip français… les chaussettes Bleuforêt et tant d’autres… Pourquoi pas dans les années 80 ? D’abord, à cause de la grande distribution occidentale qui cherchait à produire à bas coûts, ensuite aux grandes entreprises du secteur -BMC, Boussac- qui mettaient en œuvre les logiques patronales du recentrage sur le coût de métier, de la financiarisation dans les chaînes logistiques mondialisées, entraînant derrière elle tant de PME. Boussac, c’est le célèbre Bernard Arnault qui l’a dépecé pour faire sa fortune… pas un Chinois. Ce sont les acheteurs occidentaux qui permettaient le développement asiatique parce que cela faisait grandir leur fortune, pas parce que les asiatiques sont venus piller notre industrie !

Parlons de l’ameublement. Nous avons encore, heureusement, l’entreprise Roset, mais nous avons perdu les meubles Grange -un symbole du meuble de famille français. Pourquoi ? Ne regardez pas vers la Chine, mais vers le nord, en Europe ! Le directeur commercial de Grange me disait : « Il y a deux sortes de Français, ceux qui achètent des meubles et ceux qui achètent des étagères. » Le marketing offensif du géant IKEA a accompagné un changement de société qui a détruit les « meubles de familles », cœur de la marque Grange. Mais personne ne propose des taxes sur les importations d’IKEA en France. Il est vrai qu’Ikea, c’est l’occident ; alors que Shein, c’est quand même des Chinois.

Vous êtes sûr ? Le siège de Shein est à Singapour. Ses actionnaires principaux sont : 1) une société de capital-risque de Taïwan ; 2) une société financière chinoise certes, mais qui a un siège à New-York ; 3) une société de capital-risque californienne ; 4) et une autre société financière US, à Boston. C’est la mondialisation financière que tous les libéraux occidentaux ont construite. La Chine accepte ce capitalisme et fait respecter ses lois, comme le montrent les mésaventures du patron d’Alibaba -lois qui se durcissent au fur et à mesure de son développement. Shein produit, désormais, de plus en plus ailleurs qu’en Chine, vendant en occident des produits très peu chers que les Chinois n’achètent plus ! Le salaire moyen chinois augmente, et la demande chinoise monte en gamme. Pendant ce temps, la paupérisation du monde occidental conduit à faire la course au discount. Cela conduit au record de clients dans le premier magasin Shein à Paris.

Ce serait, nous dit-on, une mauvaise consommation de produits jetables. Mais la majorité des clients de Shein ne dépensent que quelques centaines d’euros par an en vêtement, et ce seraient ceux qui consomment trop ? Pendant que certains dépensent dix fois plus, parfois d’argent public, pour un seul vêtement ? Quand un des vecteurs de développement de la Chine est le marché du luxe en occident ? Il faut avoir une analyse de classe des consommations pour être capable de défendre un développement socialement et environnementalement juste, sans se faire avoir dans la guerre mondiale « en prenant le parti de sa propre bourgeoisie contre les autres peuples » ! Citation connue de Lénine…

Tant que les Français qui font ce qu’ils peuvent pour acheter où ils peuvent verront des politiques multiplier les polémiques en cherchant un coupable à l’étranger, ils ne retrouveront pas l’espoir d’une société plus juste, l’espoir des « Jours heureux ». Et accepter les injustices comme une fatalité, c’est ce qui justifie à la fois le choix de la guerre et les stratégies politiques du bouc émissaire, et donc le vote d’extrême droite. Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/eY9AZZmbNzE?t=2246

Il y a urgence pour l’emploi dans la Vallée de la chimie !

2025-2859 - Projet directeur Vallée de la Chimie 2030 - Attribution d'une subvention de fonctionnement -

M. le Conseiller P-A. Millet : Monsieur le Président, madame la Vice-Présidente, chers collègues, nous soutiendrons cette subvention de 16 000 € pour les 16 000 salariés de la Vallée de la chimie, un montant anecdotique pour l’économie de la vallée mais qui aide à l’accompagnement d’actions communes à tous les acteurs économiques autour du développement durable.

Cette délibération s’inscrit dans les objectifs du projet Vallée de la Chimie 2030 et, compte tenu de l’actualité économique et sociale de la vallée, c’est l’occasion de renouveler les alertes que vous connaissez bien, madame la Vice-Présidente.

Car affirmer que la Métropole et les industriels se mobilisent conjointement pour le développement et l’aménagement de la Vallée de la chimie et, premier alinéa des objectifs, pour la pérennisation des sites industriels existants, semble déconnecté des réalités de la vallée. De Jtech à Belle Étoile, en passant par Arkema, les mauvaises nouvelles se multiplient et les dirigeants de ces entreprises ne parlent pas de pérennisation, mais d’accompagnement des fermetures ou de restructurations.

Ce n’est, certes, pas un problème local. Il y a peu, la CGT alertait nationalement sur les 400 sites touchés par des suppressions d’emplois, affirmant : « Derrière la façade des discours gouvernementaux, c’est une casse sociale et industrielle de grande ampleur qui se poursuit ». Le syndicat évalue à 88 000 emplois directs et 300 000 emplois menacés au total, à comparer avec l’annonce médiatique de Choose France avec ses milliards et un potentiel de… 13 000 emplois. Le compte n’y est pas.

Les grèves se multiplient, les tentatives des salariés de peser sur les décisions aussi, des coopératives ouvrières se créent -comme Duralex-, des fermetures sont annulées comme à Lubrizol. Mais nous n’avons pas d’illusions. C’est toujours une bataille difficile. Le patronat qui a le plus souvent abandonné, depuis longtemps, son rôle d’entrepreneur au profit de spéculateur ne laisse jamais tranquillement les travailleurs prendre en main eux-mêmes leur site.

Nous soutenons la demande des salariés de Jtech à l’État de bloquer le PSE, les délocalisations en Tchéquie ou au Maroc et de décider que les systèmes de directions des voitures Renault et Stellantis vendues en France doivent être fabriqués en France.

La CGT fait 16 propositions dont beaucoup concernent l’État, comme un moratoire sur les licenciements, la création d’un index « made in France » pour la politique d’achat des entreprises ou la nationalisation de l’acier. Mais plusieurs sont en lien avec nos politiques économiques et, notamment, la création d’un dispositif de gestion de crise. La Métropole cherche dans tous les sites menacés le lien avec les décideurs économiques et avec les salariés, mais nous pourrions pousser à construire localement un tel dispositif avec nos partenaires, en donnant toute leur place aux syndicats de salariés.

La CGT propose aussi une réforme des tribunaux de commerce intégrant les représentants des organisations syndicales et les élus des collectivités territoriales. Nous pourrions prendre une initiative pour le mettre en débat, localement, avec tous les acteurs.

De même, elle propose un cadre strict de conditionnement des aides publiques. Nous avons un schéma d’achat responsable, peut-être pouvons-nous l’enrichir pour peser sur les approvisionnements de nos fournisseurs, à partir de cette idée d’un « index made in France » ?

Le dialogue avec les entreprises et tous ceux qui les font vivre, des salariés aux dirigeants, est évidemment essentiel, mais il y a urgence.

Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/-vTMoJbUA2E?t=26729

Casse sociale… Insécurité totale…

Il y a presque un an jour pour jour, la CGT publiait une liste de 130 plans de licenciement, pour alerter sur un mouvement de désindustrialisation qui s’enclenchait. Cette liste a été accueillie par un silence assourdissant. Le Président de la République était alors à Versailles pour sabler le champagne avec des patrons de multinationales…

Un an plus tard, si on cumule le total des emplois supprimés ou menacés et le potentiel d’emplois indirects et induits dans l’industrie, on arrive à l’évaluation globale d’un impact négatif compris entre 157 903 et 244 655 emplois depuis septembre 2023.

Un an plus tard, toujours à Versailles et pour le sommet Choose France, 37 milliards d’euros d’investissements étrangers ont été promis, dont 20 milliards d’investissements nouveaux, permettant la création de 13 000 emplois. Ce qui représente 2,85 millions d’euros par emploi créé. 

À ce prix-là, mieux vaudrait embaucher des milliers de fonctionnaires -dans le social, la prévention, la police, la justice, la santé, la psychiatrie, l’école, les communes !

La politique de l’offre nous coûte un pognon de dingue ! Deux cents milliards d’euros sont alloués tous les ans en aide aux entreprises !

Not only Lyon !

2025-2761 - Développement économique - ONLYLYON & CO -

M. le Conseiller P-A. Millet : Madame la Vice-Présidente, chers collègues, une très courte intervention sur ce changement de statut et de nom de cette vieille association pour le développement économique de la région lyonnaise, jusqu’à Saint-Étienne et Roanne.

Comme je l’ai souligné en commission, certains croient que les communistes se désintéressent de la vie économique et considèrent les entreprises comme des ennemis. Pas du tout, nous les considérons comme de première importance, mais comme des biens collectifs et nous voulons que ceux qui produisent les dirigent. C’est une vielle histoire des marxistes, depuis la célèbre NEP -la Nouvelle politique économique lancée par Lénine- jusqu’au socialisme de marché à la chinoise dont, sous prétexte qu’il laisse sa place aux entreprises, certains croyaient qu’il allait oublier le communisme. Pas du tout ! Au contraire, il cherche comment orienter toujours plus efficacement les acteurs économiques vers un développement harmonieux.

C’est, en quelque sorte et à notre échelle, ce que nous faisons avec les actions de l’ADERLY au service des entreprises pour qu’elles répondent toujours mieux aux besoins du territoire… Je veux, d’ailleurs, redire tout l’intérêt de la présentation des actions de l’ADERLY par son directeur et le remercier encore une fois.

Mais je voulais, surtout, intervenir avec une pointe d’humour pour une question très régionale.

J’avais déjà fait remarquer, il y a dix ans, pour le congrès mondial des roses que la Métropole n’était pas « Only Lyon », en tout cas pour les roses anciennes. Le plus grand rosiériste du 19ème siècle, obtenteur de la célèbre « soleil d’or » -la première rose jaune stable-, était Vénissian et sa tombe, à Vénissieux, est connue dans le monde entier et, je n’en doute pas, de notre Office de tourisme.

Mais, avec ce changement de dénomination, on franchit un cap puisqu’on ne parle pas seulement de la Métropole, mais de toute la région de Lyon -jusqu’à Roanne et Saint-Étienne. J’avoue que je n’ai pas eu de retour d’élus stéphanois qui ont, depuis un moment, sans doute d’autres chats à fouetter mais, pour avoir assisté au célèbre match Saint-Étienne/Kiev en 1976 à Geoffroy-Guichard et en avoir gardé une certaine sensibilité verte, je me demande comment les Stéphanois prennent cette idée de n’être que « Juste Lyon »…

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/XbK0et0pTAo?t=22407

RSA… pas de logique de sanction et porter l’impérieuse nécessité de respecter la dignité des bénéficiaires en toutes circonstances…

2025-2751 + 2025-2752 - Insertion - Subventions de fonctionnement - RSA et RSJ - 2025 -

M. le Conseiller R. Debû : Monsieur le Président, chers collègues, nous devons nous prononcer sur les subventions de fonctionnement pour les organismes œuvrant à l’accompagnement des bénéficiaires du RSA. Il s’agit d’une des compétences les plus importantes de notre collectivité, depuis que la Métropole de Lyon a récupéré les compétences départementales.

Ainsi, permettez-moi quelques mots sur les difficultés rencontrées par les ayants droit du RSA, et des efforts qu’il nous encore engager. Gardons en tête que les ayants droit du RSA font partie de nos concitoyens les plus fragilisés, qui cumulent les difficultés et discriminations. Cette situation pèse également sur la perception et l’estime de soi, sur le statut social, sur la disponibilité d’esprit des bénéficiaires.

Même si les services de la Métropole ont remplacé, en 2024, les divers parcours par un seul parcours socioprofessionnel, quel que soit le statut de la personne accompagnée, il n’en reste pas moins que la situation est vécue très différemment par les ayants droit.

En effet, depuis la contre-réforme de France-Travail, les récipiendaires du RSA se retrouvent sous une double tutelle, avec deux gestionnaires de fait. Or, les départements -et donc la Métropole- et France Travail ne poursuivent pas les mêmes objectifs.

Sur le site de la Métropole de Lyon, le RSA est ainsi décrit : « Il s’agit d’assurer un revenu minimum aux personnes sans ressources ou avec des faibles ressources ». Il s’agit bien d’une aide, d’un filet de sécurité pour nos concitoyens les plus fragiles économiquement.

France Travail -au corps défendant des conseillers- cherche avant tout à faire sortir les bénéficiaires de ses tableaux, à faire baisser les chiffres. J’emploie ces mots à dessein, car c’est bien le champ lexical du business qui a envahi ce qui a été « l’Agence nationale pour l’emploi ». Dans le jargon du métier, on parle de « gestion de flux », de « portefeuille » de bénéficiaires, de « chiffres cibles ».

Beaucoup de contrôles, de « flicage » disent les bénéficiaires, sous prétexte de lutte contre la fraude sociale -qui pèse, toutes caisses confondues, 1,5 milliards d’euros- là où la fraude et l’évasion fiscales sont estimées par un rapport sénatorial à plus de 80 milliards d’euros par an.

Aujourd’hui, l’obligation de 15 à 20 heures obligatoires -si ça peut être utile pour certains- représente une source de contraintes et d’angoisse pour beaucoup, avec la peur de voir amputer ou suspendre son allocation. Bien sûr, c’est un facteur lourd de non-recours aux droits. Souvent perçus comme infantilisants, ces dispositifs sont vécus comme un outil de contrôle et comme une perte de temps -surtout lorsque ces heures se cumulent avec ceux d’autres dispositifs d’accompagnement. 

À titre d’exemple, l’association Solid’arté, qui accompagne les artistes au RSA, propose déjà de 15 à 20 heures d’ateliers auxquelles, à mon grand étonnement, s’ajoutent les 15 à 20 heures de France Travail. On peut donc monter à 35 heures, un plein temps…

À cela s’ajoute un aspect dont on parle peu, mais qui a des conséquences importantes. En l’occurrence, la numérisation poussée du suivi des bénéficiaires -et je ne parle pas ici uniquement de la numérisation des démarches. En effet, nous avons de nombreuses remontées, à la fois des récipiendaires et des associations qui les accompagnent, faisant état de difficultés induites par les outils informatiques, qui ne permettent pas suffisamment de souplesse. On a bien souvent l’impression que c’est l’outil qui impose le cadre, pas l’humain… Or, par définition, chaque situation est singulière, et demande un suivi individualisé et humain. Aujourd’hui, il faut donc jongler avec le logiciel, sans pouvoir outrepasser certains champs bloquants… Cela crée beaucoup de difficultés.

Permettez-moi d’illustrer mon propos.

Il ne vous aura par échappé que les acteurs de la culture sont, en ce moment, particulièrement mobilisés, eu égard au sort qui est fait à ce secteur essentiel de la vie en société et à la démocratie. Les coupes budgétaires à répétition du ministère, celles des collectivités territoriales -telle la Région des Pays de la Loire- ont fini d’anéantir l’environnement socio-économique de ce secteur. Le secteur culturel est sinistré, les acteurs rencontrent les pires difficultés.

Il s’agit, pourtant, d’un secteur d’activité économique qui pèse près de 50 milliards et sans lequel l’industrie du luxe ne serait rien. Secteur d’activité qui repose, bien évidemment, sur les créatrices et créateurs -ces travailleuses et travailleurs de l’art, qui font la richesse, la diversité, la renommée de la France dans le monde entier.

Pourtant, le Syndicat national des artistes plasticiens (le SNAP) rappelle que le revenu médian des artistes-auteurs s’établit à 1 531€… par an ! Oui, 1 531€ par an.  Chacun comprendra donc que les créatrices et créateurs ont souvent une ou plusieurs autres activités, par forcément en lien avec le champ culturel d’ailleurs. Beaucoup d’autres sont bénéficiaires du RSA. Ils rentrent donc dans la catégorie des TNS (Travailleurs non-salariés). Car la création est un travail, pas un hobby ou une lubie.

Or, lorsqu’ils doivent renseigner leur situation, comme beaucoup des TNS, ils se retrouvent à cocher la case « autres ». Évidemment, les algorithmes de gestion n’aiment pas la case « autres », et s’il n’y avait pas d’intervention humaine, beaucoup de ces ayants droit se retrouveraient purement et simplement éjectés du système.

Bien sûr, il n’y pas de solution facile, d’autant qu’il s’agit, avant tout, d’une question de moyens -humains et financiers. Ce qui est d’autant plus compliqué puisque nous ne sommes pas maîtres des dotations et que nous « partageons » le suivi des bénéficiaires du RSA avec France Travail.

À tout le moins, il nous apparaît essentiel de renforcer la dimension et les moyens humains de l’accompagnement des bénéficiaires -notamment à travers les associations, qui font un travail remarquable avec des moyens dérisoires. Nous devons absolument nous interdire de rentrer dans une logique de sanction et, bien sûr, de toujours porter l’impérieuse nécessité de respecter la dignité des bénéficiaires en toutes circonstances.

Ces remarques ayant été faites, nous voterons, bien sûr, ces délibérations. Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/XbK0et0pTAo?t=20344

À l’opposé d’Elon Musk, le choix politique d’un numérique responsable !

2025-2669 - Stratégie de la Métropole de Lyon en faveur d'un numérique responsable -

M. le Conseiller P-A. Millet : Monsieur le Président, chers collègues, ces deux délibérations pour un numérique responsable et une gestion éthique des données méritent toute notre attention, même si elles ne contiennent pas de gros montants et même s’il semble difficile d’en faire un dossier stratégique de la majorité des groupes, contrairement à l’urbanisme ou aux mobilités. Pourtant, quand on écoute Trump, on ne peut qu’être frappés par la place que prend le numérique et évidemment pas pour un numérique responsable !

Sans doute que le numérique nous préoccupe tous et ne devient un objet politique que face aux risques de cybersécurité, et encore… Nous savons que beaucoup de collectivités sont insuffisamment organisées… je vous invite à consulter la carte interactive de conformité numérique des collectivités territoriales publiée par l’ANCT ou la carte des attaques cyber de collectivités publiée par l’association « Declic ».

Mais, peut-être, qu’en vous montrant l’enjeu économique international du numérique, cela peut éclairer le sujet.  Les sept premières capitalisations de la bourse US concernent les technologies numériques, dont les célèbres Gafam, et elles portent 100 % de la croissance boursière US ces dernières années, alors même qu’on nous dit, chaque jour, que l’Europe est en panne face à la dynamique économique US. Alors, certains peuvent se dire qu’il faut faire un numérique à la Elon Musk… plus de règles… plus de droits… le laissez-faire… la « liberté », comme il dit -liberté de la jungle, bien sûr, liberté du Far-West…. Mais vous savez bien que, dans cette liberté, il n’y a aucune place pour un numérique français, un numérique qui respecte les services publics, qui soit attentif à son impact carbone, à ses déchets, qui contribue à une économie circulaire, à la réduction des fractures numériques, qui soit attentif aux questions éthiques -dont la protection des données personnelles.

Vous voyez que cette stratégie d’un numérique responsable est bien une délibération hautement politique et permettez-moi, en complément de nombreux exemples présentés par la vice-présidente, de l’illustrer sur un enjeu très actuel, dans les gesticulations trumpistes comme dans notre quotidien… l’impact de l’intelligence artificielle…

Je vous ai évoqué, en introduction, l’ampleur de la révolution du calcul en cours en évoquant la puissance presque infinie à notre échelle de l’informatique quantique capable de traiter des problèmes d’une taille plus grande que l’univers, mais vous en connaissez de multiples impacts de cette intelligence artificielle. Au passage, le terme de « révolution du calcul » me paraît beaucoup plus pertinent que celui d’intelligence artificielle, qui est très mensonger. Car elle n’a rien d’artificielle… des millions d’humains ont travaillé pour produire les données et organiser l’apprentissage… et elle n’a rien d’intelligent et ne nous dit rien de neuf… juste ce qui est vraisemblable par rapport à tout ce qui a été déjà produit… C’est donc un incroyable outil pour fabriquer… des mensonges crédibles ! Mais c’est un fantastique outil pour écrire plus vite, résumer, traduire, transcrire, présenter, imager, ordonner, classer.

Et les usages dans la presse, les services publics, les entreprises sont déjà là, sans qu’on ne les voie vraiment ! Un film récent a jugé nécessaire d’ajouter au générique une mention « pas d’usage de moteur d’IA », parce qu’on ne sait plus si les visages, les voix, les corps, … sans compter, bien sûr, les paysages d’un film apparemment réaliste, sont filmés ou calculés. Sans doute que la majorité des images diffusées dans les médias sont aujourd’hui issues d’IA.

Une anecdote… Une jeune apprentie en communication numérique me raconte qu’elle est utilisatrice quotidienne de Chatgpt pour organiser ses propres activités et, par exemple, décider de ce qu’elle va faire à manger le soir en disant à Chapgpt ce qu’elle a dans son frigo. Comment savons-nous ce que des centaines de fonctionnaires font déjà avec ces outils ?

Je change complètement d’exemple, mais toujours pour illustrer les enjeux pratiques du numérique… De nombreux anciens sont en difficulté avec leur téléphone et ses codes. J’ai découvert que les opérateurs font payer un service pour pouvoir prendre la main sur le téléphone à distance et redonner accès à la personne, mais dans quelle condition des données de protection de la personne ? Comment pouvons-nous prendre en compte cette question dans nos politiques de vieillissement ?

Le document proposé illustre les nombreuses actions menées regroupées en trois thèmes -sobriété, solidarité, liberté. Certaines sont bien connues comme la maîtrise des durées d’usage des équipements, la mutualisation ; d’autres sont de véritables défis comme la sobriété des données, à l’heure où, au contraire, des immenses masses de données sont nécessaires aux IA. Il y a sans doute encore beaucoup à imaginer, mais nous savons bien que la question essentielle est celle de l’appropriation par les agents de ces enjeux et le fait que notre Conseil donne toute sa légitimité à la stratégie proposée en est une étape nécessaire, entre autres pour permettre le renforcement des actions de formation et d’accompagnement à ce numérique responsable.

Le numérique diffuse partout, à des échelles toujours plus larges. Nous devons nous donner une stratégie politique numérique qui permette à nos collectivités de ne pas être dépendantes, ne pas être débordées par des usages non souhaités, discriminants, injustes, inefficaces pour le service public, ne pas laisser un entrisme technologique s’imposer contre notre ambition de maîtrise des impacts environnementaux, sociaux, sociétaux.

Ce sont évidemment des sujets qui demandent un travail partenarial avec toutes les collectivités du territoire comme de nos partenaires. Nous souhaitons que cette stratégie d’un numérique responsable devienne un bien commun de tout le Conseil et de toutes nos collectivités.

Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/5_Q1fg6mXzI?t=21920

Mobiliser des moyens publics pour assurer les services de secours et d’incendie !

2024-2658 - Service départemental métropolitain d’incendie et de secours (SDMIS) - Convention pluriannuelle 2022-2024 -

M. le Conseiller P-A. Millet : Monsieur le Président, les pompiers sont en grève depuis septembre mais, comme les soignants, ils continuent d’assurer notre sécurité. Leur colère s’est cependant exprimée avec force dans des actions d’éclat, notamment pour la fête des Lumières, et nous ne pouvons qu’être interpellés par ce message terrible : « Nos élus enterrent vos pompiers ! »

Pourtant, nous avons délibéré plusieurs avenants à la convention qui prévoyait, en 2020, une augmentation annuelle de 1 %… un premier avenant, tenant compte de l’augmentation du point d’indice, ajoutait 3,5 %… un deuxième avenant apportant 5 %, pour permettre le retour à l’équilibre avec un soutien aux créations de postes et aux conditions sociales… Enfin, pour faire face à l’inflation, une subvention exceptionnelle de 2M€, soit 1,5 %, a été apportée fin 2023.

Pourtant, la situation ne s’est pas améliorée sur le plan social ni sur le plan économique, alors qu’on ne peut pas dire que la gestion du SDMIS manque de rigueur… Les investissements sont en dessous de la PPI Initiale… Une démarche de maîtrise des dépenses est engagée… Aucune mesure nouvelle de revalorisation des rémunérations n’est prise en compte, dans un budget 2025 qui restera difficile…

Le communiqué des pompiers transmis au ministre venu à Lyon, fin novembre, est clair : « Le sous-financement chronique des services de secours menace aujourd’hui la sécurité de nos concitoyens, la résilience de nos territoires et la capacité de réponse de nos équipes. Le SDMIS, comme tant d’autres SIS en France, est confronté à une situation opérationnelle qui s’est dégradée à un point critique. Ce n’est plus seulement une question de moyens, c’est une question de sécurité publique et d’égalité républicaine.

Nous avons bien conscience que cette délibération d’un avenant, qui apporte une nouvelle augmentation de 0,5 %, reste en l’attente d’un projet de loi annoncé par le Beauvau de la Sécurité civile et ne répond pas au cri d’alarme des pompiers. Nous avons bien noté l’annonce, par le Président, d’une subvention exceptionnelle et nous en reparlerons dans le budget 2025.

La crise politique nationale a de lourdes conséquences sur la gestion des dossiers urgents. Le Beauvau de novembre dernier, qui devait aboutir à un projet de loi, est suspendu et personne n’a idée de ce que pourrait proposer un gouvernement Bayrou, mais on sait que le projet de loi de Finances Barnier prévoyait une baisse de 5 % des dépenses pour la Sécurité civile.

Nous soutiendrons donc le vœu présenté pour interpeller l’État, que ce soit par une contribution du secteur des assurances, la TSCA (Taxe sur les conventions d’assurances), ou par le budget de l’État. Nous devons mobiliser des moyens publics pour assurer les services de secours et d’incendie, dont on mesure le caractère vital à chaque urgence, chaque drame.

On le voit ces jours avec l’horreur à Mayotte, qui domine bien évidemment l’actualité de la Sécurité civile mais, justement, quand on mesure l’énormité des moyens matériels et humains qui doivent être mobilisés là-bas, on mesure l’urgence aussi à poser la question du budget national de la Sécurité civile. Pouvons-nous proposer aux pompiers une démarche commune, en début d’année, pour une rencontre avec le gouvernement ?

Oui, les pompiers n’ont pas des salaires au niveau de leur engagement, de leur rôle public, mais c’est aussi le cas des infirmières, de beaucoup de soignants, des aidants à la personne, mais aussi de beaucoup d’agriculteurs et -permettez-moi d’ajouter ceux dont on parle plus rarement- de beaucoup d’ouvriers.

Concernant l’amendement proposé… Le groupe « La Métropole en commun » veut nous faire croire qu’il y aurait une solution locale, qu’il suffirait de faire des priorités, faire des choix. Mais cela voudrait donc dire qu’il faut prioriser les pompiers et ne pas augmenter les infirmières, les soignants, les aidants ou nos éducateurs.

Mais faire croire qu’il suffit de faire des choix localement… c’est masquer la responsabilité de l’État, du système, de tous ceux qui répètent sans cesse qu’il faut réduire les dépenses publiques… c’est opposer les revendications entre elles, quand tout demande, au contraire, leur convergence… C’est une faute politique majeure pour une force de gauche.

Nous réaffirmons notre solidarité avec nos pompiers, et l’urgence d’une décision gouvernementale pour augmenter le financement de la sécurité publique.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/NlwjM_m2Nx8?t=8627

L’outil de la SEMPAT est précieux pour redynamiser le commerce, mais nous devons aller plus loin !

2024-2537 - Société d'économie mixte (SEM) Patrimoniale du Grand Lyon - 2023 -

Mme la Vice-Présidente Picard :  Monsieur le Président, monsieur le Vice-Président, cher.e.s collègues, la SEM Patrimoniale du Grand Lyon est un outil créé en 2012, notamment pour favoriser le développement économique dans des territoires qui nécessitent un accompagnement spécifique afin d’accroître leur attractivité.

C’est un outil utile dans les opérations de renouvellement urbain. Puis, à partir de 2019, dans les centre-bourgs que nous souhaitons plus dynamiques.

En France, le constat est globalement le même partout, les centres-villes connaissent de très sérieuses difficultés. C’est le cas des villes de l’agglomération lyonnaise.

Le e-commerce, les grandes zones marchandes, l’érosion du pouvoir d’achat, expliquent en partie l’évolution de nos modes de consommation.

Cette situation est dommageable, pour le dynamisme de nos quartiers. Et notamment pour les personnes âgées qui ont besoin d’une proximité d’achats.

L’enjeu du commerce de proximité est devenu central dans la vie des quartiers et pour le vivre-ensemble.

Rien ne se fera du jour au lendemain. C’est un chantier de longue haleine pour enrayer l’augmentation du taux de vacance et pour renforcer la diversité commerciale.

Pour cela, nous avons un certain nombre d’outils à notre disposition dont la SEMPAT et le PLU-H.

Concernant le centre-ville de Vénissieux, nous avons engagé un travail, depuis plusieurs années, à la fois sur le commerce et sur le cadre de vie.

Pour redynamiser notre centre-bourg, nous avons besoin qu’il soit animé par la présence d’un équipement public.Ce sera un équipement culturel, la Maison des mémoires, avec une ouverture en 2027. Une autre condition essentielle de la réussite de ce projet de redynamisation est la requalification des places Barbusse-Sublet. Concernant les commerces, un périmètre de sauvegarde nous permet de préempter des murs, des droits à bail ou des fonds de commerce.

La SEMPAT est un bon outil, une force de frappe immobilière importante. Mais nous constatons aujourd’hui que cela ne suffit plus. Il faut renforcer les moyens d’action de la SEMPAT sur la commercialisation pour trouver des repreneurs.

Notre outil SEMPAT a besoin d’être consolidé sur la totalité des périmètres d’intervention. Le cas d’école du Casino à Vénissy, sur le plateau des Minguettes, en est une parfaite illustration.

Casino vient de céder son fonds de commerce à 1 € au magasin Triangle. Nous ne savons toujours pas si cette opportunité d’achat à très bas prix a été la même pour les autres éventuels repreneurs. Ce qui pose, d’ailleurs, question.

La Ville de Vénissieux et la Métropole n’ont pas été concertées dans cette décision. Mais il est vrai que le principe de liberté du commerce laisse toutes les marges de manœuvre à Casino. On ne peut que le regretter.

Cette cession à un magasin d’alimentation spécifique est contraire à tout ce qui s’est fait en faveur de la mixité depuis des décennies, et Casino a aussi bénéficié de la rénovation urbaine du plateau des Minguettes où des millions d’euros de fonds publics ont été investis pour transformer le quartier et le dynamiser.

Parce que le commerce de proximité est aussi un service, l’offre d’alimentation générale doit être préservée. C’est essentiel pour le vivre-ensemble et l’intérêt général. Et c’est dans ce sens-là qu’un collectif d’habitants a fait circuler une pétition et demande un rendez-vous au Préfet.

De plus, les commerces autour du magasin Triangle nous font part de leur inquiétude car les prix chocs pratiqués par ce magasin représentent une concurrence avec laquelle ils ne pourront sans doute pas rivaliser.

La Ville et la Métropole continuent de travailler pour proposer une offre alternative d’alimentation générale en circuit court, et nous aurions besoin d’une SEMPAT avec des moyens décuplés sur la commercialisation pour y arriver.

La SEMPAT est un outil public, il doit nous permettre d’innover et de trouver le bon repreneur au bon endroit.

Il s’agit d’une approche stratégique qui tient compte des besoins de la population et qui est en phase avec nos stratégies politiques de développement du territoire.

Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/mWHIqf4KziE?t=21074

Les parents et les enseignants de Simone Lagrange contre le projet de l’îlot vert…

2024-2449 - Villeurbanne - Soutien aux projets d'agriculture urbaine retenus dans le cadre de l'appel à projets de l'ANRU les Quartiers fertiles - Subvention à l'association Le Booster de Saint-Jean pour la mise en œuvre du projet îlot vert -

M. le Conseiller P-A. Millet : J’interviendrai pour Léna Arthaud, dont il faut redire que ses droits d’élu sont compliqués puisque, n’ayant pas de remplaçant, elle est obligée d’aller accompagner sa classe et a donc dû nous quitter.

Monsieur le Président, monsieur le Vice-Président, cher.e.s collègues, même si nous partageons sur le fond le soutien au projet des Quartiers fertiles, considérant que les projets d’agriculture urbaine dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville participent pleinement aux politiques métropolitaines en matière d’agriculture, d’alimentation et de politique de la ville, deux sujets nous interpellent sur cette délibération.

D’une part, elle vise à l’attribution d’une subvention à l’association Le Booster de Saint-Jean, association qui accompagne les coopérations territoriales liant création d’emplois et activités locales dans le cadre du dispositif Territoire zéro chômeur de longue durée (TZC) qui se déploie depuis 2017 sur le quartier de Villeurbanne Saint-Jean. Aujourd’hui, le territoire de Saint-Jean compte aujourd’hui trois Entreprises à but d’emploi (EBE), qui emploient plus de 120 salariés anciennement éloignés de l’emploi.

Le projet de l’îlot vert est un projet de maraîchage urbain porté par l’association Le Booster de Saint-Jean, en partenariat avec l’EBE EmerJean, la Métropole, la Ville.

Nous nous sommes déjà exprimés sur Territoire zéro chômeur, et le fonctionnement des EBE au début du mandat. Nous ne pouvons que partager l’ambition de faire reculer le chômage de longue durée. Mais nous considérons que l’essentiel de la bataille pour l’emploi se joue dans l’économie, avec le rôle central des entreprises, et notamment des grandes entreprises et de leurs investissements, comme avec le rôle tout aussi central de l’État et de ses investissements dans les infrastructures et les services publics. On ne fait pas reculer le chômage en augmentant la précarité, en supprimant le droit du travail ni en individualisant les besoins de formations professionnelles.

L’expérimentation Zéro chômeur doit normalement créer « des emplois nouveaux, non concurrentiels ». Or, le Comité des chômeurs et précaires de la CGT constate que 80 % des travaux effectués relèvent des compétences des agents territoriaux ou du tissu économique déjà présent localement. Nous en avions déjà la démonstration à Saint-Jean avec la médiation dans les transports, la collecte des déchets, … Aujourd’hui, cette délibération annonce l’embauche de 10 demandeurs d’emplois de longue durée sur des activités de maraîchage. C’est très loin de l’annonce d’emplois nouveaux non concurrentiels !

D’autre part, l’un des deux terrains en question (celui où prendra place le tiers-lieu vert) se situe dans l’enceinte du collège Simone Lagrange. Le Conseil d’administration de ce collège a dû se prononcer il y a peu de temps sur l’utilisation de ce terrain, qui appartient bien à la Métropole, dans le cadre du projet l’îlot vert. Lors du premier CA, les parents d’élèves et l’équipe enseignante se sont exprimés contre ; lors du deuxième CA, les enseignants se sont à nouveau prononcés contre. Leurs arguments sont les suivants :

– Ce collège voit les effectifs augmenter. Ce terrain qui, au départ, aurait dû être un terrain de sport, aurait éventuellement pu accueillir, comme cela fut le cas le temps des travaux, des Algécos pour permettre une meilleure répartition des élèves dans les salles du collège. Pour information, aujourd’hui, sur certains créneaux aucune salle de cours n’est disponible.

– Les professeurs s’inquiètent également de l’enclavement du collège auquel participerait le tiers-lieu de ce projet : ce collège, déjà enclavé par sa situation géographique va se voir longer, au nord, par le T9, à l’Est, par le tiers-lieu, sachant qu’au sud il y a un gymnase et le fronton de Villeurbanne et, à l’ouest, le parking de l’équipe pédagogique. Le collège n’est donc pas ouvert sur le quartier mais complètement enclavé, même au sein du quartier.

Ce sont les raisons pour lesquelles notre groupe s’abstiendra pour cette délibération.

Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/Q2L6YqWr5t4?t=14305