M. le Conseiller P-A. Millet : Monsieur le Président, chers collègues, ce budget primitif est cohérent avec les présentations du Débat d’orientation. Nous devons faire face, comme prévu, à une nette baisse des financements de l’État, nos recettes propres sont affaiblies par la crise persistante de l’immobilier et les dépenses sociales contraintes augmentent.
Les pertes de financement de l’État dépassent 40M€ et, en commission, il a été dit que cela pourrait dépasser 60M€. Nos recettes de DMTO (Droits de mutation à titre onéreux) sont prévues, prudemment, en baisse de 50M€. Nous perdons donc 100M€, compensés partiellement pour 20M€ par les bases de la CFE et pour 10 millions par les produits des services. Il est tout à fait justifié d’augmenter le taux de CFE, j’y reviendrai dans la délibération concernée.
En maintenant notre investissement à 600M€, notre autofinancement est de 50M€ -loin du nécessaire pour notre PPI. Nous avions, depuis 2020, une trajectoire de désendettement -ce ne peut être le cas cette année. Ce sera un problème pour le prochain mandat si le contexte reste le même et que l’économie de guerre, annoncée par Emmanuel Macron, conduise demain à de nouvelles coupes, notamment pour les collectivités locales.
Cela dit, en 2025, il nous faut décider d’une gestion rigoureuse de cette situation et, comme le Débat d’orientation budgétaire l’annonçait, en défendant nos missions et nos priorités et les efforts réalisés pour répondre aux besoins des habitants.
Sur la plupart des politiques, il faut serrer les boulons, demander aux services de réussir à faire autant -ou presque autant- avec un peu moins, parfois à aller moins vite, à prioriser. On avait l’impression que les élus d’opposition en commission étaient inquiets. C’est assez amusant de voir ceux qui dénoncent, à chaque occasion, les dépenses publiques excessives et font des promesses électorales répétées du genre « supprimer 100 000 fonctionnaires » s’inquiéter de baisses, certes, significatives mais décidées par chaque vice-président, en toute responsabilité, avec les directions concernées.
L’effort le plus important porte sur les charges générales… en baisse de 16M€… devant les subventions en baisse de 14M€, soit 2,9 %… ce qui impacte, bien sûr, certains avec, parfois, des baisses de 10 %… mais il faut rappeler que c’est, au total, 14M€ sur près de 500M€ de subventions…
Et les dépenses sociales, largement contraintes, augmentent de 10M€ pour le RSA, 8M€ pour la PCH (Prestation de compensation du handicap) et 4M€ pour les frais de séjour.
Le summum est quand même atteint quand des élus d’opposition s’inquiètent d’une baisse de l’accompagnement du RSA… quand les gouvernements successifs de ce Président qui dénonce le « pognon de dingue » ne cessent de critiquer ce RSA et rogner sur les budgets sociaux ou, carrément, réduire les droits… quand la majorité régionale, que ces mêmes forces politiques dirigent, réduit chaque année son soutien à la formation professionnelle, mettant l’existence de nombreux acteurs en péril.
Nous savons que les vice-présidents ont fait très attention au dialogue avec tous les acteurs. Nous avons tous en tête, bien sûr, la crise de l’hébergement avec l’augmentation du nombre de personnes à la rue, malgré la hausse des capacités d’accueil et malgré les efforts de la Métropole -au-delà même de ses compétences. Nous avons reçu, jeudi dernier, la délégation du Collectif Hébergement en danger avec un vrai dialogue dans lequel ils nous expriment les urgences tout en reconnaissant les efforts réalisés par la Métropole et l’enjeu des politiques d’immigration nationales, qui sont le premier facteur de précarité.
Nous resterons attentifs à la qualité de ce dialogue social et partenarial pour nous adapter collectivement à cette situation contrainte et nous voterons, bien sûr, ce budget en rappelant à tous le fond du problème des finances publiques. Oui, il faut de la rigueur dans la gestion de la dépense publique. Le monde populaire sait très bien qu’un sou est un sou et qu’on ne peut pas dépenser ce qu’on n’a pas. Mais où sont les grandes masses des dettes dans un pays comme la France ? Pas dans les milieux populaires, bien sûr ! Pas non plus dans les collectivités locales, dont la dette est financée par un excédent de fonctionnement ! Mais, l’État lui, ne cesse, sous tous les gouvernements, de creuser un déficit de fonctionnement interdit pour les collectivités. Ce sont ceux qui creusent la dette de l’État qui nous répètent que c’est la faute aux pauvres et aux fonctionnaires, oubliant la hausse continue des aides publiques aux entreprises -j’y reviendrai dans une prochaine délibération- et l’explosion des dividendes et des fortunes qui, visiblement, ne sont pas écrasés par la fiscalité !
ELon Musk a racheté le réseau Twitter pour 44 milliards. Comment ? Il s’est endetté de 13 milliards auprès de banques qui ne savent que faire de ces titres toxiques et il a vendu des milliards d’actions TESLA à ceux qui ont cru faire une bonne affaire. Rappelons qu’une valeur boursière est volatile par nature. Mes anciens collègues, devenus actionnaires du groupe hollandais qui avait racheté l’entreprise où je travaillais, s’en souviennent. Ils avaient acheté l’action 1$ et se moquait, gentiment, de moi quand elle en valait 200$. J’en ai souri quand l’action a disparu à une valeur de 1 cent. Bref, Musk est un fabricant de dettes, comme notre Bruno Le Maire -qui a creusé la dette de l’État de 1 000 milliards pendant ses mandats et continue à nous donner des leçons.
J’évoquais, au dernier Conseil, le général de Gaulle en 1957, et tous les économistes le savent. Avec un effort limité de réduction de 3 % du déficit par an, une croissance pas si extraordinaire de 3 % par an, une politique accommodante de la BCE de taux à 2 % et une inflation à 5 %, en 20 ans, la moitié de la dette sur PIB a disparu ; avec une inflation à 9 % (celle de ma jeunesse), il suffit de 10 ans ! Par contre, sans inflation et sans croissance, la dette ne peut qu’augmenter !
Mais pourquoi personne ne veut le faire ? Parce qu’il y aurait des gagnants -les salariés (surtout s’ils ont emprunté pour acheter une maison) et des perdants apparents, les propriétaires (pas parce qu’ils auraient perdu leur bien, mais parce qu’ils auraient l’impression que leur bien a moins de valeur) et plus ils sont gros, plus ils auront l’impression de perdre le poids qu’ils ont sur la société. Avec la dette, c’est la valeur relative des actifs qui se déprécient. Ils ne deviennent pas pauvres pour autant, mais ils ne sont plus les seigneurs.
N’oublions pas, d’ailleurs, que les premiers profiteurs de la dette, ce sont les prêteurs qui s’enrichissent en dormant. Je ne vous répète pas la célèbre déclaration de Marx sur la dette publique. Seul, un État ouvrier peut être rigoureux. Oui, le discours de la dette est le discours des rentiers, pas de ceux qui produisent. Je vous remercie.
La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/XbK0et0pTAo?t=8557