Mme
la Conseillère BURRICAND : Monsieur le
Président, chers collègues, nous nous étions abstenus lors du vote de
l’engagement de la Métropole dans la Stratégie nationale de prévention et de
lutte contre la pauvreté en raison de la contradiction entre les intentions
annoncées par ce Gouvernement et la réalité de sa politique, mettant toujours
plus de salariés, privés d’emplois, retraités, jeunes, dans des difficultés
inextricables faute de revenus suffisants, de services publics proches et, nous
ajoutons, du fait des réductions violentes imposées aux collectivités locales
et, notamment, la plus proche, la Commune.
Nous
n’avons pas de raison de changer d’avis et nous ne changerons pas d’avis, et
nous prenons y compris en compte l’avis donné par 37 associations qui font le
bilan, un an après, du plan Pauvreté en disant que les 10 % les plus pauvres
sont toujours aussi pauvres.
Nous
vous rappellerons quand même qu’entre 2015 et 2017 les collectivités ont perdu
11 milliards d’euros de dotations, et ce mouvement continue. Il faut remettre
les 9,6 millions d’euros annoncés pour trois ans -dont la moitié seulement à la
charge de l’État, le reste étant à notre charge- en perspective avec les 950
millions d’euros consacrés, chaque année, par la Métropole à la solidarité sans
compter l’action fort importante des communes au travers des CCAS, des tarifs
sociaux, des subventions, des services enfance et jeunesse, … et j’en oublie.
D’ailleurs, l’ensemble de ces actions de solidarité portées par les communes devraient
être, un jour, chiffrées à l’échelle de la Métropole.
Ce
n’est pas notre genre de faire la fine bouche sur les actions proposées dans
cette délibération. Actions, qui témoignent d’abord de la fracture sociale
croissante et des reculs que notre collectivité, l’État, le Conseil général en
son temps ont laissés s’installer.
Oui,
bien sûr, nous avons besoin de prévenir les sorties sèches de l’ASE, de
renforcer les maraudes (car il y a de plus en plus de gens dans la rue), de
permettre rapidement un premier accueil de proximité (car les temps d’attente
sont longs) et de réduire effectivement les temps d’attente pour un
rendez-vous. Oui, nous avons besoin de mieux accompagner les jeunes rencontrant
des problématiques de santé mentale. Presque 13 emplois temps plein, ce n’est
pas du luxe, et nous devrions aussi chiffrer le nombre de créations d’emplois
nécessaires pour assurer nos missions sociales de bonne manière !
Nous
pourrions ajouter d’autres urgences concernant la pauvreté des personnes âgées,
des personnes handicapées ; la prévention contre les addictions, qui est
absolument nécessaire aujourd’hui ; l’accès au logement. Toutes ces
questions, qui sont source de pauvreté et d’exclusion, et tous ces moments de
la vie qui se vivent différemment selon que l’on soit riche ou pauvre.
Mais,
monsieur le Président, ce plan Pauvreté et les actions que vous décidez ne vous
exonèrent pas -et n’exonèrent pas le gouvernement que vous soutenez, que vous
avez accompagné- de tout ce que vous avez laissé passer durant ces dernières
années. Cela ne vous exonère pas de la restructuration des hôpitaux publics,
des fermetures de lits, de l’appauvrissement de nos services psychiatriques,
des 900 millions en moins pour l’hôpital public.
Vous
ne protestez pas quand les salaires, les minima sociaux, les retraites sont
toujours plus tirés vers le bas et vers la précarité. Vous n’avez pas protesté
quand l’APL a été baissée et vous êtes prêt, aujourd’hui, à lancer la vente du
logement social, pour une part, et vous ne pouvez ignorer que le Gouvernement
prévoit encore d’enlever aux communes, collectivités de première ligne, 13
milliards d’euros par an.
Cette délibération, le travail auquel elle a donné lieu -notamment pour les services et les associations demandeuses-, ne saurait nous exonérer de ces questions. La solidarité n’est pas un objet de communication politique. La solidarité a besoin de plus de moyens humains et matériels en droit commun. Elle a besoin de plus de moyens durables et de moins d’annonces, d’un engament pérenne qui irradie toute notre action. C’est pourquoi nous nous abstiendrons, dans la droite ligne de notre vote du printemps, sur cette délibération.
Je vous remercie.