Reconstruire la coopération internationale pour la solidarité, la paix et le progrès social !

Intervention préalable -

M. le Conseiller P-A. Millet : Monsieur le Président, chers collègues, nous allons voter un budget fortement contraint en faisant face aux urgences sociales de l’hébergement, du logement, de la santé, de la prévention, … Mais les annonces des guerres nous font craindre des régressions sociales majeures, brutales, à la mode trumpiste qui détruit le, pourtant, faible service public fédéral des États-Unis.

C’est pourquoi je consacrerai cette introduction à la situation internationale et à la réponse guerrière qu’on veut nous imposer en France.

La guerre en Ukraine -trois ans après l’invasion russe, dix ans après le début de la guerre civile au Donbass- est une plaie ouverte au cœur de l’Europe. Une évidence s’impose : aucune solution militaire ne mettra fin à ce conflit. Les récentes déclarations d’Emmanuel Macron sur « l’autonomie stratégique européenne », évoquant l’éventuelle extension du parapluie nucléaire français, révèlent un aveu d’impuissance. Ce projet, flou et dangereux, ne répond à aucune urgence actuelle : désamorcer l’escalade, assurer la sécurité collective et penser la paix hors des logiques de blocs. Nous vivons la fin des illusions de la puissance occidentale gouvernant la planète… le temps où nous pouvions bombarder Belgrade, pays européen, pour imposer la partition du Kosovo… et même bombarder l’ambassade chinoise… Ce rappel illustre à quel point le deux poids, deux mesures délégitime tout le discours occidental, de la Palestine à la Russie.

Un million de victimes plus tard, le constat est implacable : l’escalade militariste a échoué. Les livraisons massives d’armes, censées faire barrage à l’agression russe, n’ont fait qu’alimenter une machine de guerre destructrice, affectant gravement les populations ukrainiennes, russes et européennes (indirectement). Les profits record des industriels de l’armement (+ 29 % pour Lockheed Martin en 2024) contrastent violemment avec l’asphyxie des budgets sociaux européens, où inflation et dette publique fragilisent les services essentiels.

Cette guerre, issue d’une mondialisation capitaliste en crise, ne bénéficie à aucun peuple mais, exclusivement, à des minorités : oligarques russes avides de rentes énergétiques et ukrainiens détournant les aides occidentales, fonds spéculatifs tirant profit de la dette ukrainienne et complexe militaro-industriel occidental. Tandis que les armes font des centaines de milliers de victimes, c’est dans les capitales, lors de négociations opaques, que se décide un avenir où l’Ukraine peut sortir exsangue, quel que soit le camp proclamé « vainqueur ».

Les projets de « reconstruction » de l’Ukraine risquent de poursuivre sa prédation, transformée en laboratoire néolibéral dirigé par des institutions comme BlackRock ou le FMI : accaparement des terres agricoles, privatisation des infrastructures, droits sociaux sacrifiés sur l’autel de la « compétitivité ». Ce scénario, déjà observé en Irak ou en Grèce, imposerait une double peine aux Ukrainiens : après la guerre, la dilapidation.

L’Europe, quant à elle, paie le prix de sa dépendance stratégique, ne voulant pas voir l’importance de ses relations à l’est et au sud pour son développement, soumise aux intérêts US -notamment énergétiques-, allant jusqu’au ridicule, quand nous dénonçons les ingérences politiques russes en nous taisant sur les surveillances technologiques des USA, des arrestations du patron d’ALSTOM pour servir les intérêts de General Electric, jusqu’aux écoutes téléphoniques de nos dirigeants. Pris de court par un Donald Trump isolationniste, qui entend redéployer ses forces face à la Chine, Emmanuel Macron s’est livré à une rhétorique martiale, préparant les Français à un effort de guerre. Jean-Noël Barrot affirmait, dans un lycée de Nantes, le 10 mars : « Le réarmement des esprits commence à l’école ». Habituer nos enfants à la guerre, voilà ce que propose ce gouvernement.

Mais qu’en est-il de l’effort de paix auquel aspirent les peuples ? L’idée d’une Russie prête à débarquer sur les Champs-Élysées n’est que la répétition des discours antiallemands préparant la première guerre mondiale, justement dénoncés par Jean Jaurès -malheureusement trop seul parmi les socialistes. Ce sera le contexte de la création des partis communistes. Il faut espérer que ce ne soit qu’une justification à des politiques renforcées. Malheureusement, certains sont déjà prêts à chanter : « Macron, nous voilà, tu nous as redonné l’espérance… » et, sur le pied de guerre, le Président du Conseil d’orientation des retraites estime que l’entrée dans une économie de guerre rend dérisoires les débats sur l’âge légal à 64 ans, poussant, au contraire, à l’augmenter rapidement. La bataille médiatique, sur ce sujet, est absolument extraordinaire !

Alors que nos collectivités locales cherchent désespérément à faire plus avec toujours moins et que nos services publics s’épuisent à pallier les carences, ce que le dialogue avec le collectif hébergement jeudi dernier montrait, le gouvernement fait croire qu’il pourrait être capable de mobiliser d’immenses ressources pour alimenter une escalade militaire aux objectifs incertains. Cette contradiction révèle un choix politique évident : sacrifier les besoins sociaux pour défendre une souveraineté factice, quitte à accentuer davantage les fractures internes d’une société déjà fragilisée. L’urgence serait de reconstruire un modèle de coopération internationale fondé sur la solidarité, préservant à la fois la paix et le progrès social, plutôt que d’alimenter une spirale de confrontations aux conséquences imprévisibles.

La France, membre permanent du Conseil de sécurité, a les moyens de sortir de l’immobilisme. Au lieu de s’enfermer dans une rhétorique guerrière, elle doit :

  • Exiger un cessez-le-feu immédiat et soutenir des négociations sous l’égide de l’ONU, en impliquant des pays non-alignés (Inde, Brésil, Afrique du Sud) ainsi que les acteurs locaux ukrainiens et russes.
  • Relancer les principes d’Helsinki de 1975, affirmant à la fois l’inviolabilité des frontières, le droit des peuples à l’autodétermination, et la coopération paneuropéenne, tout en garantissant la sécurité de tous les États, jusqu’à la Russie.
  • Dialoguer activement avec les BRICS, enfin, et organiser une conférence internationale sous l’égide du G20, afin de réduire le risque d’une guerre mondiale en incluant les pays du sud global majoritaire.

La paix en Ukraine ne sera ni victoire ni capitulation, mais l’art fragile de concilier des intérêts antagonistes. À nous de refuser les simplifications dangereuses et de renouer avec notre vocation de puissance de paix, en exigeant l’arrêt des combats, en relançant le désarmement nucléaire et en construisant une sécurité européenne inclusive. Cela implique de rompre avec les logiques libérales qui ont laminé notre industrie, fragilisé notre souveraineté et jeté les peuples les uns contre les autres. Et, permettez-moi de conclure avec ces mots que vous connaissez :

Monsieur le Président

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous avez le temps

Je viens d’vous écouter

Nous app’ler à la guerre

Jusqu’au feu nucléaire

Aux  milliards à payer

Monsieur le Président

Nous avons mieux à faire

D’urgences à satisfaire

Santé et logement

Vous parlez de menaces

Oubliant nos misères

Mais nous aurons l’audace

D’être unis sur la terre

Je vous remercie.

La vidéo de l’intervention : https://youtu.be/XbK0et0pTAo?t=3017

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *